Monday, February 14, 2011

La Bande Dessinée d’expression Arabe (2011)


La Bande Dessinée d’expression Arabe



Après la seconde guerre mondiale la Bande dessinée est devenue un moyen d’expression universel. Contrairement à ce que l'on a tendance à croire, le monde arabe n'a pas échappé à ce phénomène international. La Bande dessinée a cependant évolué dans des conditions différentes de celles du prototype occidental.

La première caractéristique réside dans le fait que les premières planches étaient strictement réservées aux pages de revues juvéniles déjà existantes, ce qui en soit constituait un obstacle à l'évolution du genre. La seconde, est d’ordre culturel et géographique : si les publications étaient dès leurs débuts panarabes, le modèle d’influence basculait toutefois entre deux centres ; Le Levant (et à son centre Beyrouth) et l’Egypte par son hégémonie politique et culturelle dans la région. Le Maghreb, suivait un itinéraire séparé vue la primordialité de la langue française dans ses publications ce qui allait limiter sa circulation panarabe. 



SINDIBAD/AL-SAHEB et les autres


Naissance de la BD Arabe

Le début des années 50, vue la naissance de magazines les unes au pays du Levant (AL-SAHEB 1952, DUNIA AL-AHDATH 1955, Libanaises), l’autre en Égypte (SINDIBAD 1952), premières revues juvéniles à publier dans leurs pages des Bandes Dessinées, à raison de deux à quatre pages par numéro. Si les premières éditions Libanaises furent de courtes durées malgré leur multitude (financées par un secteur privée en voie de développement), leur homologue Égyptien «unitaire» (éditée par la presse gouvernementale) connue une continuité ininterrompue, et du fait, une revendication d’antécédence. La contribution d’artistes professionnels dans SINDIBAD tel HASSAN BIKAR (alias Morelli) dans «Les aventures de Zouzou» ou «Chaddad et Aouad», et la diversité des styles de dessins ajoutaient à son attraction visuelle. Il est à noter que ces histoires –souvent d’auteurs anonymes-  étaient rédigées en langue littéraire (problème que l'occident ne connaît pas), et ne s'inspiraient - pour les personnages, thèmes et décors- d'aucune Bande Dessinée étrangère; le moindre détail reflétait le contexte arabe : "Tarbouchs" et "Gellabieh" des citoyens, espace désertique typiquement arabe, etc...

Vers la fin des années 50, l'arrivée de MIHIEDDINE LABBAD, donnait à la revue un style d'expression et de dessin particulier, plus proche du style local de la caricature. LABBAD a réalisé plusieurs séries isolées de gags dont les personnages et l'esprit n'ont pas été exploités après lui. Parmi ces créations, Tamatem le pèlerin, Merjan, Le Professeur Fassoulia, Le Cow-boy, Zakzouk Marzouk et Maatouk. La revue a connu cependant toutes les formes du genre (nouvelles, séries à suivre, gags, etc...) traitées avec des techniques variées. Le texte de son côté a adopté le langage littéraire, la revue s'étant placée des objectifs pédagogiques et sociaux traditionnels suivant les directives gouvernementales.

 


SAMIR vs BISAT EL-RIH


L'essor de la Bande Dessinée arabe

C'est avec la création de SAMIR  (1956) que la situation s'est redressée. Dès ses débuts, cet hebdomadaire égyptien se démarquait de SINDIBAD en essayant de suivre un modèle de publications pareil à TINTIN ou SPIROU. Ce renouvellement, accordait une place importante à la Bande Dessinée, et redonnait confiance à des artistes qui s'étaient éloignés. Très vite, les dessinateurs de SAMIR s’étaient imposés par la vivacité du mouvement du personnage, aussi bien que de l'image elle-même et l'enchaînement des vignettes. Les planches de dessinateurs comme WASSIM (Samir et Tahtah) ou LOUTFI WASSFI (Antar et Ibn Jarjoun, Farid cœur d’acier) se caractérisaientt par la liberté du mouvement des personnages, la force d'expression et la diversité des postures, gestes et mimiques. Si NASSIM a suivi dans l'ensemble de son œuvre l'école belge, LOUTFI WASSFI a été plus loin dans son expression locale, utilisant un style propre à lui et une liberté de mise en pages, encore peu courante même en Europe.

La revue doit aussi sa réussite au texte en langue parlée de la majorité de ses histoires, ce qui les a rendus plus accessibles et moins imposantes. SAMIR est incontestablement la première publication à avoir compris (problème que l'occident n'a pas eu à affronter) que seul le langage parlé pouvait harmonieusement s'intégrer aux narrations graphiques et par là  même toucher la masse. C'est dans SAMIR  qu'apparaissaient aussi les onomatopées qui, avec NASSIM et les successeurs, seront utilisées systématiquement. Les dessinateurs de cette période étaient aussi les premiers à employer les étoiles, gouttes de sueur, ou autres idéogrammes, et à donner aux bulles des formes variées, pour évoquer voix douces, tonitruantes ou répliques intériorisées. Dans ses numéros aussi les noms d'auteurs étaient associés aux œuvres. Des écoles s’étaient même crées autour d'artistes particulièrement représentatifs. Il est à noter ici que les BD arabes (à l'exception de certaines aventures comme Tanabilat al-soubian réalisées entièrement par HIJAZI et Zaghloul par LABBAD) étaient le produit de scénaristes et de dessinateurs travaillant de façon totalement indépendante et même parfois incohérente. Si cette autonomie du texte allait nuire à la cohésion des récits, elle jouait cependant un rôle important dans la variation des thèmes, et a permis l'apparition de genres aussi variés que le polar, la Bande Dessinée historique et les légendes populaires. A noter les légendes d’Antara reprises par WILLIAM AL-MIRY (scénariste) et LOUTFI WASSFI (dessinateur), Hassan Toubar, AL-Nadim le révolté en fuite par AL-BARJINI, ou l'adaptation des histoires de Juha (personnage traditionnel comique connu dans tout le Moyen-Orient) par DARACH, ou mieux, avec la reproduction de conversations et scènes, glanées dans les souks, les cafés, les rues... LABBAD est avec son Zaghloul Effendi un des dessinateurs à avoir le mieux réussi dans ce style de la Bande Dessinée.

Le Liban, caractérisé par une ouverture culturelle, économique et politique à l’Occident, optait de son côté pour une formule qui cohabitait la production locale à d’autres importées et traduites. Ainsi naissait la revue BISAT AL-RIH (1962), où se côtoyait Zouzou de Bahija (Gigea Tomassian), Alaeddine de TAREK ASSLI et les gags de MAHMOUD KAHIL avec un Lucky Luke ou un Tintin (parlant l’Arabe littéraire), et autres héros européens. La qualité de l’impression (Beyrouth devenue le centre de la publication et de l’imprimerie du monde arabe) ainsi que la variété des séries proposées faisaient de cet hebdomadaire la première revue juvénile de l’époque. Encouragé par ce succès son éditeur (ZOUHEIR BAALBAKI) publiait une série de magazines, mais cette fois complètement traduite, et basées sur des héros occidentaux sous des titres arabisés : AL-MUGHAMER, RIN-TIN-TIN, et autres. Un autre éditeur (AL-MATBOUAAT AL-MOUSAWARA) lançait une série parallèle basée sur les supers héros américains (SUPERMAN, BATMAN, AL-IMLAK, AL-BARQ, TAREQ etc…) et d’autres productions anglo-saxonnes (Loulou et Tabboush, Zeina, etc..) ainsi que des aventures du géant américain Walt Disney. Ces publications (une trentaine à Beyrouth), dont certaines étaient éphémères (loi du marché et de la compétition), envahissaient les marchés arabes des années 70 et 80. Le public arabe s’était vu exposé à toutes les formes de Bandes Dessinées: les séries en albums Silsilat Arwaa Al-Kissass (Série des Belles Histoires), Silisilat Al-Mughamarat Al-musawara (série des Aventures Illustrées) traduites et adaptés des classiques littéraire mondiales,  les formats livres de poche, recueils et livres éducatifs scolaires, etc.. Mais si cette éruption exhortait et répandait ce nouveau genre d’expression, elle marquait en sorte le recul de la production locale.

LA GUERRE DE 1967


«La bande dessinée confisquée»

L’été 1967, et le traumatisme de la guerre israélo-arabe, annonçait une nouvelle période marquée par un esprit de résistance et une volonté de combattre, reflétés jusque dans les publications pour enfants et donc la Bande Dessinée, qui se fit «confisquée» et encrée dans le domaine de la politique d'état et la propagande guerrière.

Très vite les héros de Bandes Dessinées ont été envoyés aux champs de combats, avec pour slogan "Tous pour la Résistance populaire", en couverture du numéro 592 de SAMIR, chanté par des personnages comme Juha et Samir lui-même. Dans la mesure de leurs moyens, les dessinateurs s’engageaient en se partageant les champs d'action: c'est ainsi que Samir et Tahtah se transformaient par NASSIM en commandos, alors que Farid cœur d'acier accomplissait des missions militaires. Seul Zaghloul Effendi -bien qu'impliqué dans la guerre- a conservé ses caractéristiques, son humour et sa naïveté, contrairement aux autres héros qui s'en étaient départis au profit d'un militarisme poussé. Une caractéristique propre à la Bande Dessinée arabe  -et n'ayant pas été exploitée par l'Occident au cours des deux guerres- est d'avoir tenté de propager un enseignement militaire, à travers les Leçons de résistance populaire de LOUTFI WASSFI parues dans les numéros de SAMIR en 1967.

Suivant l’exemple Egyptien, d’autres revues du Levant (Syrie et Iraq en particulier) voyaient le jour. Editées par des gouvernements à parti unique Baathiste, prônant le nationalisme Arabe et la gloire du Zaïm (leader), les revues Oussama en Syrie (1969), Majallati (1969) et Al-Mizmar (1970) en Iraq, étalaient timidement sur leurs pages des bandes dessinées dont le nombre et la qualité prenaient de plus en plus d’ampleur avec le temps.

Oussama se distinguait dès ses débuts par des écrivains de renommée exclusivement syriens, tel Saadallah Wannous, Zakaria Tamer et Adel Abouchanab (noms prestigieux de la littérature arabe) accompagnés d’artistes venus du monde des arts plastiques ou de l’illustration, comme Nazir Nabaa, Youssef Abdlaki et Assaad Arâbi. Le contenu à vocation politique et idéologique, et la qualité pauvre de la production (mauvaise impression, auteurs ne maîtrisaient pas le langage et la technique de la bande dessinée) rendaient la revue non attractive pour son public, et faisait que sa circulation se limitait à l’intérieur des frontières nationales. Cependant, son bas prix (1 euro environ) et sa distribution souvent gratuite (subventionnée par l’état), assumaient sa continuité même de nos jours. L’absence d’autres choix de publications juvéniles (pays de contrôle strict sur tous les médias, et une censure encore plus sévère) empêchait le développement du genre. Il est à noter toutefois le passage dans ses pages des artistes qui feront la renommée d’autres publications arabes (mieux payantes). Citons : MUMTAZ AL-BAHRA et ses séries d’aventures humoristiques et historiques, et  LUJAYNA AL-ASSIL avec ses contes enfantines ou les légendes héroïques arabes.

En Iraq, pays pétrolier et riche, où la propagande du régime représente la pierre angulaire de sa politique, MAJALLATI et AL-MIZMAR bénéficiaient d’une qualité de production de haut de gamme (impression, format, etc…), et de la présence de dessinateurs et d’auteurs plus professionnels que son homologue syrien. Son message qui encourageait le panarabisme ouvrait les portes à des participants arabes et même occidentaux (moins nombreux) pourvu qu’ils adhèrent à «la cause arabe». Parmi les arabes citons TAREK ASSLI (influence importante sur les publications),  SAFWAT FARID, ABDELFATTAH AL-SAYYED, MUSTAFA KANNAOUI, et parmi les occidentaux les italiens ALAIN SANCHEZ et ROVERI, et le turc  SWAT YALAZ. Ces derniers furent spécialisés dans les bandes dessinées historiques ou héroïques aux styles figuratifs réalistes. Quant aux iraquiens, citons HAIFA ABDELHUSSEIN, SALAH MOHAMAD ALI, MALEK MATLABI et CHAFIK MAHDI. La particularité de MAJALLATI et AL-MIZMAR (qui fusionnèrent en une publication conjointe du nom de la première après l’embargo contre le régime de SADDAM HUSSEIN dans les années 90), fut le développement de séries de bande dessinée à suivre et des héros adoptés par le public des jeunes lecteurs, tel Kalboun wa Bazzoun (SAFWAT SHARIF), Fatfat wa Mecano (MAY ALSUZ), Juha (ATHEER SATEH) et la série la plus populaire Chayboub du scénariste ABDALLAH RAOUF et du dessinateur DIA’ AL-HAJJAR.

La Renaissance des années 80


«Beyrouth plate-forme d’un renouveau?»

L’hégémonie politico-culturelle Égyptienne face au singularisme Libanais se joua une fois de plus. La Bande Dessinée égyptienne (et par la suite syrienne et iraquienne) devenue outil de propagande de l’État, commençait à perdre son éclat vis-à-vis son public. Les chiffres de distribution chutaient, l’intérêt du public à l’encontre de la production locale se réduisait, et changeait de cape vers la production importée et traduite des publications libanaises. Il fallait attendre la fin des années 70 et la parution à Beyrouth du magazine SAMER, et l’introduction de la Bande Dessinée adulte avec JAD pour que la production locale de bande dessinée reprenne le souffle.

Dès son lancement en 1979, SAMER reprend l’expérience de SAMIR à ses débuts. Elle a misé sur une production exclusivement panarabe, où le divertissement est le mot d’ordre (sans oublier toutefois les limitations sociales). Financée par un éditeur privé indépendant, à vocation politique nationaliste arabe, la revue devenait le point de rencontre des dessinateurs et écrivains arabes. Rassemblés autour du comédien et scénariste syrien NOUHAD KALAI (le caractère des aventures principales de la revue dessiné par MELHEM IMAD) des auteurs qui ont déjà fait carrière dans d’autres magazines rejoignaient le projet. Parmi ceux qui ont fait la gloire de SAMER à citer le dessinateur MUMTAZ AL-BAHRA et le scénariste ADEL ABULCHANAB dans la série Maymoun le singe, NASRI SAYEGH, YASEEN REFAIYEH (scénaristes),  LOUJAYNA ASSYL (dessinatrice) et ses contes de fées populaires, et MIKE NASREDDINE et la série Chater Hassan au style sophistiqué des supers héros américains.

De par son originalité, et la place primordiale donnée à la bande dessinée dans ses pages,  SAMER influencera une série de publication qui restaient toutefois moins audacieux : AHMAD, MAJED, AL-ARABI AL-SAGHIR, BASSEM, et autres, tous à tendances conservatives et plutôt islamiques. Les évènements du 11 Septembre 2001 vont encourager le retour en force de publications affiliées ouvertement à des partis politiques (surtout islamistes) ; MAHDI (de contenu religieux «Shiite», subventionné par le Hizbollah), et FARES dédiée à la cause palaisienne et proche de l’idéologie du HAMAS.

Il faut aussi attendre le début des années 80 pour qu’une nouvelle BD, pour adultes, voie le jour : Au Liban avec JAD (Georges Khoury), Carnaval (1980), une première BD influencée par la guerre civile est publiée en album (innovation du genre), suivi de deux autres Sigmund Freud (1983), Shéhérazade (1984). C’est avec lui que la BD fut introduite en tant que telle dans les quotidiens à grande diffusion (An-Nahar, As-Safir), et les magazines littéraires (Al-Makassed). En 1986 il fonda un atelier de Bande Dessinée qui regroupa des amateurs devenus par la suite professionnels, et publiaient sous le nom de MUHTARAF JAD (JadWorkshop). L’équipe regroupait des dessinateurs qui ont marqué le monde de la BD libanaise et le monde du dessin animé libanais jusqu’à nos jours tel que LINA GHAIBEH et EDGAR AHO. Leurs publications couvraient quotidiens et magazines, et leur album Min Beyrouth (De Beyrouth) qui retraçait des scènes de vie quotidienne de guerre est devenu iconique pour le genre.

Une expérience reprise tardivement avec un groupe de passionnés de bande dessinée publiant une revue-fanzine AL-SAMANDAL, qui ouvrait ses pages à la libre participation d’amateurs ou de professionnels, arabes ou occidentaux. Parmi ceux d’expression arabe citons, TAREK KHOURY et sa série Tarek Al-Khurafi, et Lena MERHEJ dans son récit autobiographique Mrabba Wa Laban. Entre-temps MAZEN KERBAJ jouait en solo, et auto-publiait ses albums d’expression française, avant de s’étaler en arabes sur les pages du quotidien AL-AKHBAR. ZEINA ABI-RACHED quant à elle, se distinguait par ses récits autobiographiques de guerre à travers ses albums.

Timidement, l’Egypte, avec la privatisation de certains secteurs, suivit le modèle libanais, et commençait la publication de suppléments de quotidiens qui devenaient vite des revues indépendantes. Ainsi ALAEDDINE (1993) née au sein de la prestigieuse Dar Al-Ahram rassembla autour d’elle une nouvelle génération de bédéistes sous la direction artistique d’AHMAD LABBAD. Pour la première fois dans ce pays on voit paraître des noms d’auteurs-dessinateurs. Parmi les plus illustres, WALID NAYEF dans les aventures de ALA’, MUHAMAD JABALI et la série Super Abdo, et le talentueux MAGDY AL-SHAFEI avec Yasmine et Amina, et qui sera le premier à introduire la BD adulte en Egypte avec son album METRO (2008) qui lui attira la colère de la censure et fut introduit en justice. Son album marquait un tournant dans l’histoire de la BD égyptienne.

Le Maghreb cet inconnu


«Dualisme culturel»

Le Maghreb arabe, quand à lui suivait un développement différent, caractérisé par l’influence coloniale jusqu’`une période tardive, et la pratique du français comme langage d’expression, et du fait restait loin de se propager dans le reste du monde arabe. Ainsi des pionniers qui font aujourd’hui la marque de la bande dessinée maghrébine, sont peu connus en Egypte et les pays du Levant. Un pionnier comme RACHID AIT KACI (Algérie, 1940) avec sa série la plus connue Bas Les Voiles et dont l’œuvre se distribuait sur une multitude de journaux, magazines locaux et internationaux, de AL-MUJAHID, JEUNE AFRIQUE allant jusqu’à PLAYBOY!, n’est connu que parmi les professionnels du métier. C’est aussi le cas de SLIM (de son vrai nom Menouar Merabtène) et la série Zid Ya Bouzid (1969) qui débutait dans le quotidien AL-MUJAHID, et où une partie de l’histoire de l’Algérie est ici résumée. Bouzid et Zina deviendront aussi célèbres que Richa crée par MANSOUR AMOURI à la même époque.

Une publication cependant va marquer l’histoire de la BD algérienne et Maghrébine. M’QUIDECH (Algérie, 1969) éditée par la SNED (Société nationale d’édition et de diffusion) aujourd’hui disparue, proposait une alternative aux publications occidentales nombreuses à l’époque. Parmi son équipe des dessinateurs-auteurs qui marqueront l’histoire de la BD maghrébine : Mohamed Aram, Ahmed Haroun, Maz, Slim et Brahim Guerroui. D’autres talents vont rejoindre léquipe au fil du temps : Tenani, Aïder, Assari, Tidadini, Zeghidour, Rahmoune, Hebrih, Aït Hamoudi, Ferhat, Ryad, Beghdadli, Oulmane, Khiari. M’QUIDECH cessa d’exister en 1974, pour se ressusciter en 1978 exclusivement en arabe mais loin d’égaler le succès de sa version originale (20,000 exemplaires  pour chaque édition arabe et française).

AL-MANCHAR (La Scie) pris la relève en 1990. Un journal bimensuel indépendant sous l’initiative de SID ALI MELOUAH, la publication regroupe des dessinateurs enthousiastes  avec un mélange de textes satiriques, de dessins et de bandes dessinées politiques et sociales. Son succès (200,000 exemplaires) lui assurait un autofinancement, sans toutefois dépasser le cadre géographique du Maghreb (obstacle du langage). Le succès du AL-MANCHAR fut suivi par un autre périodique satirique BAROUD (La Poudre) 1992 crée par une partie de l’équipe de la première.

Une période de terreur dans les années 90 allait mettre fin à l’activité effervescente de la BD maghrébine surtout en Algérie où la violence des islamistes visait les artistes et les intellectuel. La BD arabe a déjà ses noms de martyrs : Dorbane, Brahim Guerroui (dit Gébé), Saïd Mekbe.

Peut-on toujours parler d’une bande dessinée panarabe? D’une bande dessinée d’expression qui dépassera les frontières linguistiques, ethniques, politiques et géographiques d’un monde arabe qui s’étend de «l’Océan jusqu’au Golfe» selon le fameux slogan arabe ? Une question dont la réponse se formule aujourd’hui dans les rues tumultueuses du Caire, de Tunis, de Tripoli et autres villes à venir…





Georges Khoury (jad)

Beyrouth février 2011